Robert Hansen, le chasseur

"Alaska" par Steve Lyon. Licence Creative Commons Paternité

Aux États-Unis, il y a d’un côté les séries qui s’inspirent d’une histoire vraie pour chaque épisode (Cold Case, Law & Order) et de l’autre, une série telle que Criminal Minds (Esprits Criminels) qui se sert de la réalité pour référencer ses scénarios. Autrement dit, dans les dialogues, les personnages n’hésitent pas à citer des assassins réels, le plus souvent évoqué étant Ted Bundy. Ce qui leur sert de base pour leur profilage, donnant au passage un aspect véridique à leurs enquêtes. Néanmoins, dans un des épisodes, deux réalités vont venir se télescoper derrière deux personnages : l’assassin recherché et le profiler.  Derrière eux, l’histoire vraie de Robert Hansen, le « chasseur de l’Alaska ».

Épisode 1 : au milieu de nulle part

L’État d’Alaska est le plus sauvage et le plus étendu des États-Unis. Sa superficie équivaut à trois fois celle de la France, mais avec une faible densité démographique (0,46 hab./km²), la population dépasse à peine les 700 000 habitants. L’endroit est idéal pour les disparitions qui ne laissent pas de trace. La chasse y est par ailleurs une distraction partagée par un grand nombre de personnes.

A la mi-septembre 1982, deux policiers profitent d’une journée de congé pour aller chasser près de la rivière Knik non loin d’Anchorage, un lieu escarpé mais gage de gibier. La prise qu’ils vont faire ne va cependant pas les réjouir : un corps en décomposition.

L’autopsie révélera qu’il s’agit d’une femme, morte il y a environ six mois. Elle a été tuée par trois tirs de carabine de calibre 223, une arme puissante et imposante. L’identification s’avère plus rapide qu’escompté : la victime s’appelait Sherry Morrow, elle avait 24 ans et gagnait sa vie comme danseuse dans un bar. Travail ingrat qui l’obligeait à supporter les regards salaces, au minimum, des clients. Elle rêvait d’une autre vie, de paillettes plus glamours, c’est pour cette raison qu’elle avait accepté, en novembre 1981, de faire des photos. Elle n’est jamais rentrée de son rendez-vous avec un prétendu photographe.

En revenant sur des affaires encore non résolues, les policiers se posent des questions. Deux ans plus tôt, les restes d’un corps de femme avaient été découverts dans les mêmes conditions : Joanne Messina, une strip-teaseuse. Est-ce l’oeuvre du même individu ?

Épisode 2 : Survol

En juin 1982, un routier voit, sur le bord de la chaussée, une femme lui faire des signes. Une prostituée visiblement. Mais celle-ci a les mains menottées, ses vêtements sont déchirés. Le routier s’arrête et prévient la police. La jeune femme explique qu’elle a suivi un client dans une chambre de motel, mais que celui-ci est devenu de plus en plus violent, menaçant. Armé d’un revolver, il l’a obligée à le suivre à son domicile. Il lui a fait subir des sévices, arguant qu’après tout il payait pour ça. Il n’a pas cessé, malgré ses suppliques.

Puis l’homme l’a conduite sur le tarmac de l’aéroclub  d’Anchorage, où il a parqué son petit aéroplane. Il l’a forcée à embarquer, pour survoler le paysage boisé et montagneux, devenant tout à coup pour elle le paysage de l’enfer. Qu’aurait-il fait d’elle ensuite ? En parlant aux policiers, elle comprend qu’elle l’a échappé belle.  Profitant d’une inattention de son bourreau qui faisait ses réglages sur le petit avion, elle est parvenue à s’en extraire et à fuir. Il l’a pourchassée, arme à la main, mais une voiture qui passait par-là l’a forcé à baisser instinctivement sa carabine.

Le témoignage de cette prostituée est capital. Elle saurait parfaitement reconnaître son agresseur, qu’elle a vu bien trop longtemps d’ailleurs. Le lendemain matin, et malgré son état de choc, les policiers la conduisent à l’aéroclub. Il ne lui faut que quelques minutes pour y repérer le coucou qui a failli la mener directement au ciel.

Le propriétaire de l’appareil s’appelle Robert Hansen, un homme d’une quarantaine d’années au physique ingrat. Aussitôt interrogé à son domicile, il reste stoïque. Il affirme qu’au moment des faits, il était en compagnie de deux de ses amis et que, d’une manière générale, il a autre chose à faire que de tuer des filles. La piste est écartée, sans autre forme de procès, niant par ricochet l’agression de la prostituée.

Pourtant, le corps d’une autre fille est une nouvelle fois retrouvé dans les mêmes conditions que les précédentes, tuée par un tir de carabine de calibre 223. Elle s’appelait Paula Goulding. Le terme de tueur en série devient dès lors on ne peut plus probable. Cependant, en Alaska, les compétences en la matière ne sont pas légion à ce moment-là, si bien qu’un coup de main du FBI ne serait pas de trop. Certains enquêteurs locaux n’en mènent pas large et regardent leurs chaussures, sachant qu’ils ont peut-être laissé échapper le coupable.

Épisode 3 : Le profiler

L’agent spécial envoyé en première ligne se nomme John Douglas, c’est un sage, expérimenté. Son instinct prime avant toute chose. Spécialiste du comportement criminel, il est aussi un des premiers à utiliser le profilage dans ses enquêtes. Il doit pourtant faire face à des critiques et un scepticisme de la part de ses supérieurs. A la fin des années 1970, il a été transféré au siège du FBI à Quantico, à l’unité des sciences du comportement, c’est lui qui a ainsi inspiré le personnage de Jason Gideon dans les premières saisons d’Esprits Criminels. Il donne notamment des cours sur la psychologie criminelle. Il ne s’agit pas que de théorie. Non seulement il se rend sur le terrain dans le cas d’affaires qui piétinent mais il passe aussi de nombreuses heures à s’entretenir avec des tueurs en série emprisonnés (là aussi, cela doit vous rappeler quelqu’un, ndlr).

En arrivant à Anchorage il a déjà étudié le dossier. Le profil se dessine peu à peu dans son esprit mais il veut en savoir plus, tâter le terrain, le ressentir. Avant de déterminer le profil de l’assassin, il commencer par déterminer celui des victimes, ce que l’on appelle la « victimologie ». Dans le cas présent, un dénominateur commun à chacune : elles étaient toutes danseuses de bar, hôtesses, ou prostituées. Autrement dit des femmes vulnérables pour l’assassin. Car il savait que leur disparition n’inquiéterait pas grand monde. Il n’est ni le premier, ni le dernier à le penser. Il veut des proies simples, immédiatement accessibles, sans parasites extérieurs. Quant au défi qu’il se fixe, il arrivera ensuite.

John Douglas en conclue que l’homme recherché a forcément un grave problème avec la gente féminine. En cela que, dans le passé, il a dû être rejeté et qu’il cherche à se venger en s’en prenant à celles qui ne peuvent pas lui dire non : les prostituées. Payer lui donne en plus un sentiment de puissance, et tuer multiplie ce sentiment par cent.

Revenant sur le seul suspect des enquêteurs d’Anchorage, Robert Hansen, John Douglas comprend que, sur certains points, l’homme pourrait en effet correspondre à son profil. Et ce, bien qu’il soit marié, apparemment heureux en ménage et qu’il ait une situation professionnelle stable.

Épisode 4 : la perquisition

Devant le FBI, l’alibi de la soirée entre amis tombe. Ces derniers prétendent qu’ils avaient seulement promis à Hansen de mentir parce que celui-ci leur avait dit qu’il se trouvait dans une situation fâcheuse… Un euphémisme qui va conduire Douglas et les policiers chez Hansen. Lequel nie encore. Cependant l’agent du FBI entrevoit derrière le petit homme à lunettes un tueur en série. Et l’homme, même s’il essaie de masquer ce défaut, bégaie fortement. Un problème d’élocution qui devait être beaucoup plus prononcé dans le passé. Sa peau présente par ailleurs des cicatrices visibles d’une acné juvénile sévère mal traitée.

Les agissements de Hansen dans la vie quotidienne sont décortiqués. Habitué des petits vol depuis l’adolescence, il fait désormais dans la fraude à l’assurance, ses amis – tout à coup moins enclins à lui filer un coup de main – l’ont dénoncé. Autre élément allant dans le sens du profil : Hansen est un chasseur hors pair qui jouit d’une excellente réputation, et cela dans tout le comté. Ce qui ne fait pas de tous les chasseurs d’Alaska des candidats au profilage, mais se dessine autour de Hansen le portrait fidèle d’une personne capable de choisir des proies autrement plus originales. Chez lui, les enquêteurs trouvent des armes, rien de très étonnant. Mais, dans la remise, ils découvrent une carte où sont entourés différents lieux, des coupures de journaux et surtout : plusieurs cartes d’identité appartenant aux victimes ainsi que l’arme du crime, la carabine.

Dans un de ses nombreux livres, John Douglas raconte cette fructueuse perquisition :

« Un examen balistique a montré que les douilles retrouvées près des corps provenaient bien de cette arme. Comme nous l’avions pressenti, Hansen avait exposé ses trophées dans une pièce où il regardait la télévision. S’y trouvait encore accroché un grand nombre de têtes d’animaux, de défenses de morses, de cornes, d’andouillers, et d’oiseaux empaillés. Des peaux de bêtes recouvraient le sol. Sous le plancher du grenier, des policiers ont mis la main sur d’autres armes, ainsi que sur plusieurs bijoux ayant appartenu aux victimes. Hansen avait donné les autres objets à sa femme et sa fille (…). Toutes ces preuves ont bien entendu suffi à le confondre. » 

Épisode 5 : la vengeance du vilain petit canard

Comment Robert Hansen en est-il arrivé à tuer, pire : à chasser des proies humaines ? Né en 1939 en Iowa, il a tous les défauts pour ses parents : il bégaie et il est gaucher. A l’époque, considérée comme une tare, cette particularité lui valait des moqueries ou engendrait de la peur, si bien que ses parents ont tenté de contrarier ce mouvement naturel, l’obligeant à écrire avec sa main droite, sans grand succès. A l’adolescence, recouvert d’une acné sévère, couplée à son bégaiement, il entre directement dans la catégorie de ceux dont on se moque. Les filles ne s’intéressent pas à lui, elles ricanent. Il se dit qu’un jour, il se vengera.

Hansen emmènera les policiers sur quinze « tombes », dont trois correspondaient aux corps retrouvés auparavant. Sont-elles toutes là ? Toutes ces femmes qu’il a chassées comme du gibier ? Sur les douze autres locations qu’il indique, la police n’en retrouvera que sept. Elles s’appelaient Sue Luna, Malai Larsen, DeLynn Frey, Teresa Watson,  Angela Feddern, Tamara Pederson et Lisa Futrell. Embarquées dans un avion, débarquées dans la forêt, poursuivies comme des bêtes, et battues de plusieurs coups de carabine.

Hansen a été condamné à plus de 400 années de prison.

L’épisode d’Esprits Criminels (saison 2, épisode 21) qui s’est en partie inspiré de cette histoire s’intitule « les proies ». Et même si la série s’inscrit dans une violence souvent extrême, cet épisode reste un des plus perturbants : des hommes et des femmes chassés dans la forêt, comme dans le plus terrifiant des cauchemars.

[Extraits remaniés de Crimes de Séries, aux éditions Scènes de Crimes, 2009.]

Nota bene : ne pas confondre ce tueur en série avec Robert Hanssen, agent double du FBI, condamné à la prison à vie en 2002 pour collaboration avec l’URSS. 

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